J’avais fait une page avec les livres lus en voyage et un post à propos du bonheur
d’avoir de la disponibilité cérébrale pour lire grâce au voyage.
Miracle, je l’ai gardée, cette disponibilité ! Je lis, notamment dans le métro, isolée sous mon casque Bose « Active Noise Cancelling ». Et puis peut-être aussi j’ai mûri, c’est
fini toutes ces contrariétés professionnelles ou personnelles qui faisaient sans répit le siège de mes pensées. Maintenant quand j’ouvre un bouquin, je pars…
J’ai peut-être eu la chance de tomber sur de bons ouvrages aussi ?
Je ne vais pas pouvoir vous les dire tous parce qu’on m’en a prêté certains, encore moins dans l’ordre, mais quand même une petite liste. Je sais que ça donnera des idées à certains et n’hésitez
pas à m’en conseiller en retour !
D’Emmanuel Carrère j’ai lu Un roman russe dont j’ai parlé là, une
histoire d’amour, passionnelle et assez moche au final, en tout cas qui finit en eau de boudin, l’auteur y est sans concession pour lui-même, détestable. Mêlée à cette histoire d’amour une
histoire de Russie, violente et faite de personnages attachants.
Dans L’œil le plus bleu Tony Morrisson parle de la blessure d’être noir aux Etats-Unis dans les années 40. Un thème magnifiquement traité dans Beloved* à lire absolument.
Puis j’ai lu Limonov : comme souvent avec Emmanuel Carrère, c’est l’histoire d’un type qu’on n’a pas envie d’aimer, Edouard Limonov. On ne l’aime pas d’ailleurs, mais quelle
fresque ! Le XXème siècle de la Russie vu sous un angle inédit. On comprend qu’on n’a jamais rien compris, et d’ailleurs on y comprend toujours rien ; ça marche, donc.
Ensuite j’ai lu Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Je l’ai trouvé quelques semaines après mon retour de voyage, dans l’étagère d’une amie et j’ai eu envie de lire tout
simplement parce que le type est parti six mois, tout seul. Dans une cabane au bord du lac Baïkal. Voilà que j’étais repartie en Russie. J’ai trouvé son style arrogant et son propos chiant, voire
déplacé. Au lieu de nous parler de ses changements intérieurs, de son expérience de l’isolement, il nous tanne jour après jour avec les changements infimes de la végétation autour de lui et
semble chercher à se convaincre de l’absurdité du mode de vie urbain. L’ermite a tout compris, l’urbain est un con. Mais je reconnais que cette lecture m’a valu une conversation enflammée avec un
de mes pioupioux. Je soutenais qu’il faut être un sacré connard pour se barrer six mois à l’autre bout de la terre en étant fier de n’être pas joignable du tout, laissant au loin une compagne,
dans son mode de vie qu’on devine urbain et donc d’après lui, débile. Pioupiou n’était pas d’accord : l’amour doit être plus fort que ça, c’est pas normal qu’elle le largue. Et puis un type
qui écrit deux pages d'aphorismes pour finir par "La lune n'a que faire de mes aphorismes de préfecture.", allez savoir pourquoi, ça m'énerve.
J’ai lu aussi Rien ne s’oppose à la nuit* de Delphine de Vigan. Magnifique fresque familiale. L’auteure retrace la vie de sa mère, sa maladie, sa folie. C’est très beau et très bien
écrit, avec une pudeur non feinte et à laquelle pourtant l récit ne concède rien.
Entre temps j’ai lu Juliet, Naked de Nick Hornby, pour alléger mon esprit et entretenir mon anglais. J’avais préféré About a boy.
Comme je l’avais raconté là, Cormac McCarthy m’a emportée dans un parcours initiatique
terrible dans Le grand passage.
Hudson River de Joyce Carol Oates. Satyre de la bourgeoisie américaine, tous les petits défauts très laids de ces gens beaux et riches, le dictat de l’apparence et de la position
sociale, toute la mesquinerie humaine, décortiquée et les pensées que chacun croit secrètes, livrées comme ça dans un scénario d’une belle intelligence. On traverse se livre dans la vase des
vanités humaines et magnanime, Joyce Carol Oates nous offre une sortie en fanfare, elle nous remet finalement à flot, ouf, donner le change a de nouveau du sens.
J’ai lu La carte et le territoire de Houellebecq. Je crois que ce qui m’a tenue en haleine, c’est de lire un Houellebecq qui n’avait rien à voir avec un Houellebecq. La vérité, j’ai lu
avec plaisir, mais je ne sais pas quoi en penser, où il voulait en venir au juste ?
Il y a peu j’ai entamé Je suis vivant et vous être morts d’Emmanuel Carrère, encore. Et j’ai laissé tomber très vite : trop lourd, trop dur, c’est l’histoire de Philip K Dick, un
type qui, on le sait, on le sent, va devenir fou. C’était trop pour moi. La plume trop forte et réaliste d’Emmanuel, c’était trop pour moi.
Alors je me suis rabattue sur Percival Everett, Effacement. Roman très politiquement incorrect à propos de la place du « peuple noir américain » dans la production culturelle
du pays et notamment littéraire. J’avais été soufflée par Blessés* du même auteur : beaucoup moins aseptisé, la tête dedans on s’en prend plein la gueule, plein les tripes.
Je me suis offert un Jim Harrison, et pas un de seconde classe : Légendes d’automne*. Trois nouvelles en forme de romans très courts, très forts, comme d’habitude.
Je viens de finir La classe de neige d’Emmanuel Carrère. On « retrouve » (c’est un de ses premiers romans) son style d’une simplicité sophistiquée qui m’épate. Une maîtrise
formidable. Encore un bouquin qu’on lirait sous la douche s’il était étanche, tant on est happé.
Voilà, je m’étais dit que j’alternerais un classique un contemporain, mais comme pour la danse j’ai manifestement un faible pour la littérature (américaine) contemporaine.
*Ceux que je conseille les yeux fermés
Et vous, vous me conseillez quoi ?