Soledad

Publié le par Elsa

On m’a souvent demandé si ce n’était pas dur de voyager seule. On m’a souvent dit aussi, que c’était triste de ne pas partager. Vivre tout ça toute seule et personne avec qui se souvenir des belles choses…

Je ne savais pas trop quelle idée me faire de cette solitude et j’en avais un peu peur avant de partir, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne suis partie que six mois.

 

Or, être seule, j’ai adoré ça.

 

Seule, le monde est plus réel, l’impression sur la rétine plus forte, plus dense. Seule face aux paysages, en balade au marché, ou dans la forêt, je m’en suis pris plein la figure et ce n’était plus du tourisme, c’était une expérience. J’étais disponible au monde et à son écho à l’intérieur de moi.

 

A deux, je ne sais pas vous, mais moi je suis attentive à l’autre. Par exemple ça m’est difficile de m’absorber dans un livre s’il y a quelqu’un dans la pièce. Une partie de moi reste un peu alerte.

 

Cela m’a frappée quand j’ai quitté Buenos Aires. Je n’y ai presque pas marché seule. J’ai arpenté la belle argentine avec Thomas et en partant j’ai eu la sensation de ne pas l’avoir visitée, contrairement à Auckland, Sydney, Bangkok. Mon souvenir le plus prégnant est celui du samedi matin tôt où j’ai marché seule dans les rues vides et où je me suis un peu perdue. Thomas est mon ami, quand je suis avec lui je suis attentive à lui, nous recréons notre bulle qui est la même partout où nous sommes, sa présence fait écran entre moi et le monde.

 

Sylvain Tesson écrit, « La présence des autres affadit le monde. » Moi je trouve que Sylvain Tesson est un peu arrogant. Et je dis, la présence de l’autre fait écran.

 

Ici, je disais ça : C’est désarçonnant d’avoir été si heureuse d’être seule quand j’étais loin, et d’en être si fragile ici. 

 

En fait la solitude ne me rend ni fragile ici, ni forte là-bas, elle me rend disponible et c’est ce que le monde a à offrir qui change. En voyage je suis disponible pour des sites spectaculaires, une rencontre renversante. Au quotidien c’est pareil, tout me frappe au visage, mais le quotidien est plutôt fait de bousculades, de conflits, de mesquineries... et seulement un peu de rigolades. Voilà pourquoi les jeunes cadres dynamiques célibataires s’inventent des amours mêmes platoniques et impossibles avec les premiers venus… c’est pour s’accaparer l’attention, se rendre un peu moins disponible.

 

Au quotidien, ce serait bien d’avoir quelqu’un, une présence qui par le seul fait d’accaparer mon attention, ferait écran… En voyage c’est bien d’être seule.

 

Mais alors ? Pas d’équilibre possible ?

Comment être disponible pour le beau sans avoir l’impression d’être « à disposition » pour le moche ?

Comment se protéger du laid, sans se priver des belles expériences ?

 

L’autre jour, G. en me parlant de la femme qu’il s’apprête à épouser, se réjouissait d’avoir trouvé une partenaire dont la présence dans sa vie lui permet d’être plus libre, plus lui-même. J’ai demandé : mais concrètement, c’est possible ça ?

 

Il m’a donné une réponse précise, en forme d'exemple, mais je crois qu’en fait c’est ce que j’ai dit là.

 

Il faut trouver quelqu’un qui accapare l'attention de la bonne manière, qui par sa seule présence polarise le monde sans faire écran.

 

Bon, une fois qu’on a dit ça, on est bien avancée.

 

 

 

 

 

 

 

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BeaShapira 24/02/2012 21:25

je tout à fait d'accord avec toi, Zazou... je suis une grande solitaire depuis toujours, et notre présence au monde est la plus intense quand on est seule, aucune interférence entre l'extérieur et
notre intérieur.... ouvrir son intérieur permet d'être toujours en complète harmonie avec le Grand Tout, et moi non plus je n'arrive pas à retrouver cet état pré-mystique si quelqu'un est présent à
mes côtés.... mais quand / si ça arrive, ça doit être ça, la Communion Ultime, l'Amour avec un grand A.... :-)

Elsa 27/02/2012 15:20



dommage qu'il n'y ait pas de "pouce en haut"  pour dire qu'on aime.



lulu 12/02/2012 16:03

Je réponds juste sur des choses qui me viennent : 1 dire que voyager seule c'est triste parce-que tu ne partages pas, c'est partir du principe qu'avec ton blog tu n'as rien partagé, et il suffit de
le lire pour voir que ce n'est pas vrai. 2 cette remarque m'exaspère : donc si tu ne trouves personne qui veuille faire une chose avec toi, mieux vaut ne pas la faire ??? N'importe quoi !!! Non
??
Et sinon pour parler de la personne avec laquelle partager les choses, je ne sais pas si c'est une question de polarisation, c'est peut-être aussi que la personne avec laquelle tu vis les choses,
lorsque le lien est assez fort ou d'assez longue durée ou je ne sais de quel ingrédient, et bien cette personne tu n'as pas besoin de te soucier d'elle quand elle est avec toi. Elle est à tes côté,
vibre à sa façon, mais tu peux être centrée sur tes sensations le temps nécessaire même si elle est là. Je ne sais pas si c'est une capacité d'égoïsme ou d'abandon, mais selon la personne à tes
côtés (et ce n'est pas forcément une relation amoureuse) il me semble que c'est possible. Sur ce, je te bisoute !

Elsa 14/02/2012 19:28



Well j'ai aussi été bien accompagnée parfois et seule beaucoup, et pour ma part je vois une différence, quand même !