Sebastián, Prince Solaire

Publié le par Elsa

Jeudi 28 juillet 2011.

 

La journée a été longue pour l’équipe de tournage de Sala A qui couvre depuis le début de la semaine le festival de Cinéma sur les Droits Humains de Sucre. Dans l’après-midi, Sebastián a mené l’entretien avec un réalisateur dont le film évoque la torture.

 

Comme pour tout ce qu’il fait, Sebastián s’était préparé à cette rencontre. Il a vu le film, il savait que ce ne serait pas un moment facile. Question après question, il a écouté les hommes démolis, la cruauté méticuleuse, les techniques élaborées pour provoquer la souffrance, anéantir la dignité. Micro tendu, Sebastián a écouté cet homme-là les yeux plongés dans les siens. Puisqu’ils ne se dérobaient pas, Sebastián se devait de soutenir le regard. Les hommes repoussent l’horreur en se regardant dans les yeux, comme on se donne la main pour avancer contre le vent. Mais Sebastián est aussi profondément connecté à lui-même et à l’évocation de ces chairs brûlées, ongles arrachés, hurlements contenus, hommes prostrés il pleure avec retenue, sans honte. Herman, derrière la caméra essaie de se concentrer sur l’image et Andres, qui préparait la trame du prochain entretien a laissé tomber sa prise de notes. Andres et Herman sont indulgents envers Sebastián et reconnaissants. Parce qu’il pleure sans jamais perdre la face il les autorise à garder les yeux secs et à protéger l’idée qu'ils se font d’eux-mêmes.

 

Attablés pour le dîner dans un restaurant branché de la place 25 de Mayo, ils décompressent.

 

Il ne s’agit pas pour Sebastián de nier cette mélancolie nouvelle, mais de l’accepter, de la mélanger à sa propre joie. C’est plus fort que lui, tout ce qui le touche se transforme en trésor. Ce soir, après cette conversation pénible, être vivant et heureux prend à ses yeux un peu plus de sens qu’hier. Il est reconnaissant d’avoir agrandi encore sa connaissance du monde et des hommes, même si ce qu’il a appris est moche.

 

En plus d'être sensible, ouvert, intelligent, Sebastián est un très bel homme. Il pourrait aller dans la vie avec l'idée que tout lui est dû, qu'il peut tout avoir sans rien donner. Au lieu de quoi c'est lui qui va vers les autres avec de l'amour a priori, de la bienveillance.

 

Et ça marche : sa bienveillance inconditionnelle anéantit toute once de mesquinerie, de laideur ou de petitesse. Pas naïf, il sait bien qu’il y a en chacun de nous une part d’obscurité, mais il la reçoit avec indifférence, ou amusement et, lassée de ne pas être prise au sérieux, l’ombre tourne les talons, s’efface. Sebastián est comme ça, un prince solaire qui prend votre part d’ombre pour en extraire le suc de lumière.

 

Les assiettes sont vides, les corps détendus, les jambes allongées vers l’avant, les épaules largement ouvertes contre les dossiers. Le rythme de la conversation s’est ralenti et depuis cinq minutes Sebastián est silencieux.

 

Il vient de la voir passer au milieu d’un groupe de touristes occidentaux. Un verre à la main, ils sont entrés dans la salle de billard. L’éclat doux de cette jeune femme le touche, parce que justement elle ne sait pas qu’elle scintille. C’est une luciole, elle croit qu’on ne la voit pas. D’ailleurs rien dans sa mise banale ne la distingue des autres ce soir. Mais Sebastián lui ne voit qu’elle. Malgré trop de lumière, sa blondeur alanguie lui a capté le regard.

Laissant la conversation rouler doucement entre ses deux amis, il marche vers la salle de billard, il veut la voir encore.

 

En revenant s’asseoir il dit dans un sourire qu’il y a un ange dans la salle d’à côté. « Un ange ? ». « Oui une fille blonde, elle est avec ses copains. Elle m’a dit quelque chose mais à cause de son regard bleu, je n’ai pas compris ». « Comment elle s’appelle ? » « Je ne sais pas ». Andres connaît la timidité de Sebastián. Après six années d’un amour intense, Estrela et lui se sont quittés depuis à peine trois semaines, il pense qu’il ne sait plus parler aux femmes. Il pensait qu’il ne pourrait pas retrouver une vraie connexion avant longtemps, mais il a un tel élan pour cette jolie française, il en perd son vénézuélien.

 

Andres fait les présentations, Sebastián prend le relais et bientôt, sans y prêter attention la conversation roule depuis près d’une heure. Il partage avec elle ses larmes de l’après-midi. Il dit en riant qu’il est le sensible du trio, Andres c’est l’intello, Herman c’est le taiseux. Elle le questionne sur ses larmes, c’est souvent ? C’est rare pour un homme, c’est bien que tu puisses le dire comme ça, simplement.

 

En plus d’être une jolie luciole, elle est drôle, curieuse, vive ! Tout est simple avec elle, tout est évident. Avec la franchise de ses yeux plantés dans les siens, il fait tomber ses barrières : elle accepte qu’il offre le prochain verre, de les suivre en boîte si ses amis à elle viennent aussi et, quand le cœur battant il ose ses lèvres sur sa bouche, elle sourit pendant qu'il l'embrasse.

 

Il lui dit son émerveillement.

 

Elle lui répond que leur première conversation l’a ébouriffée. C’est fou, mais elle n’avait jamais pensé qu’on pouvait être fort, bien construit ET sensible. Il était temps qu’elle le rencontre, qu’elle l’entende lui dire ça.

 

Il a envie de la serrer fort, de lui dire encore son émerveillement et qu’elle est belle. Alors comme il ne sait pas faire autrement, il la prend dans ses bras, la serre fort, lui dit « this is so amazing to have you in my arms, you are so fucking beautiful. » Elle sourit, ça la rend belle, il lui dit, ça la fait sourire, du coup lui, ça l’émerveille, il lui dit, elle sourit, il la trouve belle, ça n’en finit pas.

 

 

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poulette basquaise 07/02/2012 11:57

Elsa, je crois que c'est un livre qu'il faut que tu écrives, pas des rapports DD...
Bises

Elsa 07/02/2012 15:09



;-)


peut etre faire les uns pour me nourir en faisant l'autre ?